
EN 2010
Décembre 2009
Clémentines-théâtre
La pièce dure longtemps, c’est l’heure du goûter. Assis de chaque côté de moi, dans le noir, les enfants me miment leur faim. Lentement, j’ouvre la fermeture éclair du sac à mes pieds et j’attrape les fruits que je pèle doucement dans l’obscurité. Les enfants et moi, nous regardons le spectacle, moi épluchant les fruits, leurs mains ouvertes posées sur mes genoux. J’ôte la peau épaisse qui craque et pétille, poissant mes doigts, j’entasse ses coques vides dans mes poches de manteau, je détache les quartiers frais que je pose dans les mains affamées qui les mangent sans bruit et le jus frais explose dans leurs bouches refermées pendant que sur scène, la pièce continue de jouer. Pour ces enfants, grands maintenant, le théâtre a goût de clémentines dans le noir. Pour moi aussi, doublement : les jours suivants, en retrouvant soudain au fond de mes poches les peaux séchées, toutes enroulées, et en les respirant, je pouvais revoir le spectacle, indéfiniment…
Karin Serres